Autocompassion : quand être féroce et quand être tendre

L'autocompassion prend deux formes complémentaires : la compassion féroce et la compassion tendre. La première pousse à agir; la seconde apaise. Les deux sont nécessaires pour développer une relation saine avec soi-même.

La compassion féroce : se mettre en action

La compassion féroce se manifeste par la motivation à répondre à ses besoins, à s'affirmer, à poser ses limites et à dire non. Vouloir s'améliorer — dans un sport, dans son écoute, dans sa capacité à faire preuve d'empathie — fait partie d'une démarche saine, tant que cette motivation ne devient pas une façon détournée de compenser un sentiment d'insuffisance.

Poser une limite en disant « ça ne fonctionne pas pour moi » est un geste de bienveillance envers soi-même, pas un relâchement des standards personnels. La bienveillance n'implique pas de tout accepter : il est possible d'avoir des objectifs élevés tout en reconnaissant qu'on n'y arrivera pas parfaitement, tout le temps.

La compassion tendre : la maman chat

La compassion tendre prend soin de soi après une erreur ou un échec, un peu à l'image d'une maman chat qui va chercher son chaton égaré, le ramène doucement, puis le laisse repartir explorer — sans jamais le punir de s'être perdu. Se parler de cette façon, plutôt que de se réprimander, permet de se relever sans s'épuiser dans l'autocritique.

Une nuance essentielle : agir sans se sentir insuffisant

Le point central de l'autocompassion est de se mettre en action pour s'épanouir et répondre à ses besoins, sans que ce mouvement parte d'un sentiment de ne pas être assez. Cette distinction rejoint celle que la chercheuse Brené Brown établit entre le perfectionnisme et la recherche d'excellence : cette dernière vient d'un désir authentique de progresser, alors que le perfectionnisme cherche d'abord le regard et l'approbation des autres.

La valeur d'une personne ne varie pas selon ses résultats ou ses comparaisons avec les autres. S'améliorer dans un domaine peut être une aspiration légitime, sans que cela ne change en rien la valeur intrinsèque de la personne — la même que celle de n'importe qui d'autre, peu importe le niveau de compétence.

S'aimer sans que ce soit une autre forme de performance

La compassion féroce peut, si on n'y prend pas garde, se transformer en une nouvelle exigence de performance déguisée en bienveillance. Une personne qui s'aime pleinement n'a pas besoin d'atteindre un objectif pour se le permettre. S'aimer, c'est plutôt reconnaître d'emblée cette valeur égale à celle de tous les autres, puis choisir de se mettre en mouvement par désir d'épanouissement — non par manque.

Développer cette double posture, agir avec fermeté et se traiter avec douceur, se travaille notamment en thérapie individuelle.

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