Écouter son corps en sécurité : l'approche de Peter Levine

Cet article prolonge les exercices de Peter Levine déjà présentés, en insistant sur un point essentiel : apprendre à écouter son corps sans être submergé. Levine suggère de pratiquer ces exercices sur de longues périodes, mais le point de départ reste modeste : deux ou cinq minutes suffisent.

Se concentrer sur les sensations corporelles

Le premier exercice consiste à porter attention aux sensations physiques, tant les tensions musculaires que les sensations viscérales : un nœud au plexus, un fourmillement au poignet, une douleur au genou. L'attitude recherchée est la curiosité, sans chercher à comprendre ni à analyser. Il n'y a rien de problématique à ressentir une tension dans le diaphragme, et la raison de cette tension n'a pas à être trouvée. Si un souvenir émerge, on revient simplement aux sensations du moment présent.

Distinguer sensations, images, émotions et pensées

Une variante invite à reconnaître, puis à nommer, ce qui se présente : une sensation, une image, une émotion, une pensée. Cette distinction permet de prendre conscience des différents éléments présents sans s'y accrocher. Pratiqué à voix haute en présence d'une autre personne, l'exercice offre un cadre qui aide à rester dans l'expérience plutôt que de s'en éloigner.

Quand le corps devient trop : la dissociation

Au début, il est tout à fait normal de ressentir l'envie d'aller ouvrir le frigo ou de voir une pensée surgir. Selon Levine, cette tendance à s'évader relève d'une forme de dissociation, et tout le monde dissocie, à différentes intensités : être dans la lune en est une petite forme. Quand il se passe trop de choses dans le corps, l'esprit peut s'en détourner pour éviter d'être submergé. C'est pourquoi il vaut mieux y aller une goutte à la fois, plutôt que de plonger une heure d'un coup.

Commencer par la sécurité

Une façon concrète de se sécuriser consiste à progresser par étapes :

  1. L'environnement. Regarder autour de soi, les yeux ouverts, pour vérifier que l'endroit est sûr, et s'arrêter sur ce qui apporte du confort.

  2. Les sensations externes du corps. Les pieds en contact avec le sol, les cuisses sur le siège, le dos sur le dossier.

  3. Les sensations internes. Quand l'ancrage est là, explorer l'intérieur du corps.

Il est même possible d'alterner entre l'intérieur et l'extérieur, en revenant aux pieds ancrés dès que le besoin se fait sentir, et de faire ce va-et-vient aussi souvent que nécessaire.

Redevenir entier

Une personne traumatisée tend à être fragmentée. Porter attention au corps, graduellement et en sécurité, aide à retrouver cette unité. Avec le temps, il devient possible de percevoir tout ce qui se passe à l'intérieur, toujours avec curiosité, en laissant chaque sensation prendre la place qu'elle souhaite prendre.

Un thérapeute en relation d’aide peut aider une personne à mieux ressentir ses sensations corporelles, notamment en thérapie individuelle.

Suivant
Suivant

Précision en communication : l'exemple du tableau blanc